Soap & Skin - Narrow
Elle
serait une Nina Simone venue d'Autriche, avec sa voix plutôt grave
et la profondeur d'un piano. Mais si elle a préféré Desireless à
Brel, elle n'en a pas moins de grandeur et de force. Sur Narrow, on
écoute, ému, les cris mélodieux d'un fantôme du passé. Noirceur
électronique. Quand Anja
Plaschg chante, ce sont des immeubles qui
s'écroulent, des larmes qui ravagent les joues, c'est la terre qui
gronde et explose. Sa voix enfonce le mur du son et sa musique
transperce le cœur.
Cet
album est hanté par la mort de son père, comme un nuage sombre
planant au dessus du piano mélancolique, au dessus de cette voix
abyssale unique. Narrow s'ouvre sur Vater, seul morceau dans sa
langue natale, dont la douceur des débuts se mue en un orage triste.
On croirait ne jamais pouvoir en sortir, puis les premiers mots
français de Voyage voyage nous rattrapent. Reprise déroutante
avec ce je ne sais quoi d'envoûtant. Soap&Skin parvient à
déshabiller ce tube de toute sa ringardise et lui offre une
somptueuse profondeur. Quelques chœurs se déposent sur Wonder,
comme une lueur dans la pénombre et alors Narrow se clôt sur des
nappes de violon à s'en noyer les yeux et sur un dernier morceau aux
allures de combat épique dans le brouillard, où tombent les coups et les tambours électroniques.
Il
est difficile de trouver le moment d'écoute idéal pour cet album
complexe. Il faut l'aborder comme une œuvre d'art, la contempler
dans le silence de la solitude.
Chronique de Ju
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire